Economie
Un réseau lituanien de faux euros aux arrêts
Saisie de 90 000 billets dans une imprimerie balte et 120 interpellations en France.
Par D'ALLONNES David REVAULT samedi 13 novembre 2004 (Liberation - 06:00)
Le mystère du "100 P3" est-il définitivement résolu ? Répertorié par la Banque centrale européenne (BCE) comme la troisième fausse coupure "offset" (procédé d'impression à plat) de 100 euros, ce faux billet "de bonne facture", diffusé dans plusieurs pays, mobilisait depuis des mois de nombreux policiers européens. Il semble aujourd'hui en bout de course, depuis l'interpellation de treize personnes et la saisie par la police lituanienne, le 6 novembre dans une imprimerie du centre de Kaunas, deuxième ville du pays, de près de 90 000 de ces faux billets, pour une valeur de 9 millions d'euros.
"Des fourmis" Depuis dix-huit mois, ces billets qui venaient du froid avaient essaimé un peu partout. Jusqu'en Corée du Sud où, en juillet, trois Lituaniens étaient arrêtés à l'aéroport de Séoul, tentant, à peine débarqués, d'écouler leurs contrefaçons. En Europe, ils ont circulé en Belgique et aux Pays-Bas, mais surtout en Allemagne, en Autriche et en Espagne, où, ces derniers mois, plusieurs dizaines de Lituaniens ont été interpellés. En France, plusieurs informations judiciaires ont été ouvertes, et pas moins de 120 ressortissants de ce pays ont été interpellés par petits groupes depuis 2003. Dont 49 durant les six derniers mois. Au total, près de 100 000 billets auraient déjà été écoulés en Europe et recensés par la BCE. "C'était un réseau très actif, surtout quand on considère le nombre d'interpellés et la taille du pays", indique un policier français.
L'Office central de répression du faux monnayage (OCRFM) de la police judiciaire française était sur leur piste depuis mars 2003. A l'époque, trois Lituaniens, dénoncés par des commerçants, avaient été interpellés à Paris avec, dans leur voiture, 70 billets de 100 euros. Depuis, les arrestations s'étaient multipliées dans tout le pays, principalement en région parisienne et dans l'Est. Essentiellement des "fourmis", généralement munis de faux papiers et parfois connus de la police lituanienne. A charge pour eux d'écouler les fausses coupures en effectuant de petits achats, comme des viennoiseries, et de ramener l'argent ainsi acquis aux contrefacteurs. Le voyage, payé par l'organisation, était souvent effectué en compagnie de convoyeurs. "Peu ont coopéré et donné des informations sur l'état de l'organisation, par peur de représailles contre la famille restée au pays, indique-t-on à l'OCRFM. Beaucoup avaient affirmé avoir acquis les billets en Pologne.
"Commission rogatoire. Les polices européennes, qui avaient ciblé l'origine de la coupure, avaient entamé depuis plusieurs mois une coopération avec la Lituanie. Avec, notamment, l'installation dans le pays balte du logiciel Rapace (Répertoire automatisé pour l'analyse des contrefaçons en euro). La police française avait mené une commission rogatoire internationale dans ce pays traditionnellement peu porté sur la fausse monnaie mais qui a connu, depuis 1998, plusieurs affaires de contrefaçon de deutsche Mark et de dollars. La police lituanienne avait également mis un officier de liaison à disposition d'Europol, l'Office européen de police. Avec le coup de filet du week-end dernier, "le phénomène devrait caler un peu, indique un policier français. Mais il y a sans doute des stocks rémanents qui vont continuer à sortir."
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