Fausse monnaie : un trafic européen démantelé
Depuis plusieurs mois, de jeunes Lituaniens arpentaient l'Europe et plus particulièrement la France avec de fausses coupures de 100 € en poche. Étude d'une fraude exceptionnelle.
Des millions d'euros saisis
Ils ont hérité d'un surnom : les " marcheurs baltes ". Leur trafic : la contrefaçon d'argent liquide. Depuis l'invention des billets de banque, les faux-monnayeurs ont toujours progressé dans leur art illicite. Aujourd'hui, grâce à des moyens techniques insoupçonnés, ces Lituaniens ont réalisé des contrefaçons de très bonne qualité qu'ils étaient chargés d'écouler en faisant de petits achats et en récupérant la monnaie. Leur bénéfice : 10 % de chaque billet écoulé.
Mais le 6 novembre, sur la base de renseignements de plusieurs polices européennes et notamment de l'Office central pour la répression du faux-monnayage français, les autorités lituaniennes ont débusqué l'imprimerie à l'origine du trafic. L'installation était basée à Kaunas.
Le matériel d'impression était de l'offset numérique et permettait de tirer de grandes quantités de billets avec une excellente qualité de reproduction. Sur place, les enquêteurs ont interpellé 13 suspects et ont saisi 9 millions d'euros. " Il y avait des couronnes norvégiennes, des livres sterling, mais surtout 80 000 billets de 100 € prêts à inonder notre marché ", commente un spécialiste de la direction centrale de la police judiciaire. Les coupures retrouvées en Lituanie sont celles qui circulent depuis un an et demi en France. Elles ont été identifiée en Belgique, en Allemagne, en Autriche, en Hollande, en Espagne et bien sûre en France. Depuis mars 2003, plus de 110 individus ont été arrêtés en France en train d'écouler ce billet. Rien qu'à Paris, plus d'une trentaine de marcheurs baltes ont été interpellé avec le billet contrefait. Apparemment, l'euro est très populaire chez les faux-monnayeurs.
Pourquoi l'euro est-il de plus en plus contrefait ?
Même si les policiers ont démantelé le réseau de contrefaçon, les enjeux financiers sont tellement importants qu'il est possible à 85 % qu'un réseau parallèle prenne sa place.
Pourtant, lors de la création des euros, les experts ont tout fait pour créer des coupures très difficiles à contrefaire. Malheureusement, tout comme les haker sur Internet, les faux-monnayeurs trouvent toujours un moyen pour briser les protections. La police le sait et à l'époque, les plus optimistes espéraient une baisse de la fausse monnaie. " On s'aperçoit aujourd'hui que ça n'a pas vraiment été le cas ", reconnaît un policier. De janvier 2003 à avril 2004, 600 000 fausses coupures ont été saisies par les services de police, gendarmerie, douanes et la Banque de France. L'euro est devenu une monnaie internationale comme le dollar américain et intéresse de plus en plus les organisations mafieuses étrangères.
Dernière preuve en date, l'affaire survenue le 17 octobre 2004 en Colombie. Sur informations récoltées par les services français, des enquêteurs locaux ont saisi 2 millions de faux euros. " Le fait que les Colombiens s'y mettent aussi n'est pas rassurant ", conclut un officier de police judiciaire. En effet, Bogotá est une des plaques tournantes de la fausse monnaie. Selon le trésor américain, 60 à 70 % des 500 millions de faux dollars en circulation dans le monde y sont produits.
Le gouvernement français, en réaction à cette incroyable prise, a simplement demandé aux commerçants de faire attention lorsqu'un client achète quelque chose à petits prix et paye avec un gros billet...
|